Le Tournage
L’état de délabrement des bagnes du Guyane ne permet pas d’y réaliser le film ; il est donc construit en Jamaïque un pénitencier similaire à celui de Saint-Laurent du Maroni.
Le 23 février 1973, le scénario prêt, les décors terminés, toute l’équipe cinématographique est à pied d’œuvre pour commencer le tournage. Le calendrier est serré, la réalisation du film ne doit pas durer plus de quatre mois.
A la Jamaïque, Schaffner installe ses caméras successivement dans trente-sept lieux de tournage.
Les Jamaïcains voient circuler camions régie et de matériel, hélicoptères, avions légers qui parcourent l’île en tous sens pour les besoins du film.
Assez vite, le problème de la figuration se pose, car cette île des Antilles n’est peuplée que de Noirs, ce qui ne correspond pas à la population des bagnes de Guyane.
Ils appellent donc les membres d’une importante colonie allemande, transportés par air pour les besoins du tournage.
Henri Charrière se rend sur place plusieurs semaines, pour suivre l’évolution du film, mais aussi pour s’assurer de la conformité et de la fidélité de celui-ci par rapport à son livre.
Il s’installe à Montego Bay, dans cette ville qui possède un studio parfaitement équipé qui permet de réaliser toutes les scènes d’intérieur et de procéder déjà à un premier montage du film.
Il suit les scènes de tournage, donne son avis, et agace souvent Steve McQueen par ses remarques désobligeantes.
L’acteur américain, pourtant, fait le maximum.
Fatigué par des efforts physiques intenses, dévoré par les moustiques, enlisés dans des marais malsains, il s’énerve des réflexions de l’ancien forçat qui le traite de « gonzesse » lorsqu’il n’en peut plus.
Il sait bien qu’il souffre moins que n’avait souffert Papillon, mais il n’est qu’acteur de cinéma, il n’a quand même pas été condamné au bagne !
Il joue portant bien son rôle puisqu’il est un jour assommé, l’épaule démise par des coups de nerfs de bœuf !
A la fin du tournage, épuisé et endurci, les traits tirés, fatigué par les premiers symptômes de la maladie qui commence à le ronger, qui l’emportera plusieurs années plus tard et dont il ignore encore l’existence,
il ressemble enfin, aux yeux de Charrière, à un vrai bagnard.
C’est seulement à ce moment la qu’Henri Charrière lui dira :
« Mon petit, tu es un vrai mec ! »
S’il ne doute pas du succès commercial du film, il n’est cependant qu’à moitié satisfait.
Il a beau être là pour conseiller les acteurs, souvent, il ne se retrouve pas dans le personnage.
Il était à la fois plus mordant et plus gai, plus fort et plus jovial.
Son caractère intrépide, sa volonté de survivre, sa ténacité face à l’adversité ne transparait pas dans les images.
Il pense aussi qu’on insiste trop sur les aventures, et pas assez sur l’homme.
Sur ce qu’il était lui, Papillon.
S’il reconnaît que c’est un film réussi, il regrette qu’il n’ait pu dresser de lui un portrait plus juste et plus fidèle.
Avec des moyens financiers énormes, plus de trente millions de francs, une logistique impeccable, le réalisateur arrive non seulement à surmonter toutes les difficultés, mais aussi à respecter les délais prévus.
Il termine le tournage avec cinq jours d’avance.
Le film doit d’abord passer en avant-première a New-York le 30 juillet, avant un parcours national et international dès l’hiver.
Mais Henri Charrière, hélas, n’assistera pas à cette représentation.
Il décèdera à Madrid la veille de la sortie du film, le 29 juillet 1973.